Ce matin, c'est petit déjeuner royal: pain de Tafounent, Amlou (genre de beurre de cacahuète), Hazella (nutella marocain), confiture, chocolat chaud, café au lait, thé, yaourt, fruits... Une fois bien repus, on enfile nos sacs à dos... chargés pour 6 jours d'autonomie. Autant dire qu'on a tout pesé (surtout pour Aurel qui équilibre son sac de 35L avec sa tente devant): un verre de semoule par personne le matin, un pain et un Kiri par personne le midi et le soir deux verres de torsades et un verre et demi pour tout le monde. C'est pas l'armée, mais presque !

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On part donc d'Aït Youl, un douar près de Kalaat M'Gouna. Comme le dit le topo: "orientation pas évidente". Ca c'est sûr, on commence direct par du hors sentier. Toute la journée, on n'aura pas vraiment trouvé le "bon" sentier, mais en demandant aux quelques bergers et à l'aide de la boussole, on finit par arriver à Afoughal. Dans le topo, il est dit aussi: "les points d'eau sont assez rares et il vaut mieux avoir des bidons remplis d'eau sur les mules". Ah bah il est 16h et les mules (enfin NOUS) ont les bidons vides. Y'a quelques maisons un peu plus bas... qui dit maison dit forcément eau... Bingo, y'a un puit. C'est parfait, ça nous évite un détour de 1h30 pour la source, surtout qu'il commence à faire nuit (pour changer). On bivouaque tranquillement sur un petit plateau en haut du canyon. C'était pas une journée remarquable, mais bon, plutôt une journée d'approche dirons-nous.

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Une fois notre verre de semoule avalé, on commence la journée par descendre le canyon, puis remonter le petit plateau qui mène au Tizi n'Tagmout (2000m). Dans ce monde hostile à la végétation, on en vient à penser que les ânes et les biquettes broutent des cailloux! A midi, on s'arrête au col de n'Aït Ouzzine, qui n'est pas vraiment un col d'ailleurs, mais un bon spot de pic-nique. On peut mettre en application les principes de SlowFood dont on parlait ce matin. Et en même temps, ça tombe bien, car on n'a pas bien le choix !!

On descend un long vallon plutôt plat avant de marcher à flanc des gorges. A Assaka, on prend de l'eau. Pas un homme, pas une boîte de sardine non plus pour améliorer le dîner. On avance un peu avant de poser le bivouac dans l'oued. Décidément, pas de chance avec les sardines aujourd'hui: pas moyen d'en planter une ! Et là, on voit les hommes sur la piste qui rentrent au village. "Achkid" qu'ils nous disent ("Viens"). Dommage, on juste de finir de tout installer...

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Au petit matin, alors qu'on est au petit déj, on reçoit la visite de Mohammed (mais oui, ils s'appellent tous Mohammed). Il nous bricole un petit feu pour nous réchauffer et nous accompagne un bout de route jusqu'à son champs. La discussion n'est pas aisée mais il est marrant le Mohammed. "La prochaine fois que vous revenez à Assaka, vous venez chez moi manger les amandes" (enfin on a traduit ça à peu près comme ça). Inch'allah...

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On continue la descente des gorges, qui deviennent plus profondes et très jolies. Le sentier est en fait une bonne piste, et ça déroule bien, on sent même pas la côte. On a bien le temps de discuter; et ça tombe bien, car on a tous les idées qui fusent. De nouveaux projets voient le jour, alors que d'autres au contraire s'effacent. C'est ça qu'est bon !! (hein Simon?) Traversée des Alpes? Amérique du Sud à vélo? Chine à vélo (il parait que la bouffe est bonne!)? Vol bivouac en parapente? Mais que nous réservera l'avenir??? Bref, de quoi alimenter de longues discussions... jusqu'à Irhazzour.

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En plus de l'eau pour le bivouac, on en profite pour acheter du pain à une jeune maman. Après moult rebondissements, Simon arrive à acheter deux boîtes de sardines à la boutique du coin (oui c'est ouvert... ah non... attends... ah si...). Après ça, on plante la tente sous un palmier et on va se manger nos pâtes à la sardine... piquante !!

 

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Alors pour montrer toute ma bonne foi, je relate la version de Simon pour la suite du trek (et vous comprendrez bientôt pourquoi) (Amel)

Ce matin, au moment de partir, c'est la crise. Il reste à peine 1litre d'eau à se partager en trois. Malgrè les 7.5L qu'on a pris hier soir, une combinaison de choses a fait qu'on a quasimment tout bu (la poche à eau d'Amel vide, les cafés d'Aurel, la semoule de Simon, et le lavage de pieds pour tout le monde). Bref, on n'est même pas partis qu' Amel est déjà tendue comme une arbalette. J'ai toujours dit que j'aimerais pas me retrouver avec Amel en dèche de bouffe ou d'eau. Et là, je confirme. Dans la première montée, il y a échange de quelques noms d'oiseaux...

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A part ça, le paysage est chouette, avec vue sur les pénitents de Tadaout n'Tablah ("échine des grappes de dattes"). Au col, Aurel se perd dans ses pensées et va trop loin. On part le chercher pour remonter à un col flanqué de pinacles rocheux. Pic-nique en descendant, puis remontée du vallon d'Amguis jusqu'aux tours de Bab n'Ali, évoquant la célèbre Monument Valley américaine, immensité en moins mais palmiers et petites sources en plus.

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Au pied du Bab, on voit arriver Amel, et ça se voit à 3km qu'elle boude. "Vous êtes pas prévoyants, vous avez bu 3L de café et 15 verres de semoule"... Pour ne rien arranger, la carte annonçait un bled qu'on n'a jamais trouvé et une source qui était tarie. J'imagine que ça doit être aussi de ma faute si la carte est fausse !!

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Heureusement, une fois que tout le monde a la bouche bien pâteuse, l'atmosphère se détend. Car comme toujours, chacun a sa part de responsabilité.Allez, un ptit bisous (pateux lui aussi) et on oublie tout !!

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Mais pendant qu'on écrit des pamphlets accusateurs à mon égard, je suis parti affronter dans la nuit noire, des hordes de chiens sauvages, à la recherche de la carte perdue... mais sans succès.

 

IMG_2191Le lendemain, après avoir affronté une nouvelle fois, au péril de ma vie, la horde de chiens enragés, je reviens au campement sur mon cheval blanc avec le Grââl: la carte au trésor. Et devinez quoi? Elle était "posée" à l'endroit exact où la princesse a pris en photo le chevalier sur son cheval blanc. Car il faut dire qu'à l'époque, les appareils photographiques pesaient tellement lourd qu'il fallait bien les deux mains pour les porter; d'où la nécessité de se délester sur le champs de la carte au trésor.

 

Suite à cette Gendronette (nom commun pour désigner toute "boulette" made by Amélie Gendron), on quitte le camp vers 11h. Et même avec la carte au trésor, on arrivera à se perdre cette après-midi (et on cherche toujours ce sacré trésor). Ce matin, alors qu'on remonte des gorges avec des vasques pleines de grenouilles, il plane une ambiance post Denmatienne (cf post Denmate). C'est beau, mais on n'est plus émerveillés comme au premier jour. Ca fait bien trois semaines qu'on est dans le sud marocain, et même si les paysages varient, on commence certainement à s'habituer. Aurel reste plongé dans ses pensées. Et la princesse est malade pour couronner le tout. Princesse et caca mou ne riment pas bien ensemble, mais comme le dit une certaine BD "Les princesses aussi vont au petit coin".

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Alors qu'on marche sur une bonne piste, on rattrappe une maman et ses trois enfants. Rien de tel pour s'émerveiller à nouveau: les rencontres. On papotte ensemble pendant un bout de chemin. "Atai Igli" qu'ils ne cessent de répéter (le thé à Igli). Sur le chemin, je discute également un moment avec l'instituteur du village. Pas facile avec 5 élèves sans eau ni électricité... Et je repars avec les petits gamins: "Atai Igli". Finalement, on arrive devant leur maison. Pendant qu'Amel se repose, pliée en deux, et qu'Aurel lit, moi je profite de l'invitation: pain à l'huile et dattes séchées, et concours de grimaces avec le plus petit!

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Comme je le disais plus haut, on arrive quand même à se perdre. On est au fond de l'oued: gorges de gauche ou de droite? ça correspond pas vraiment au topo. Finalement, on va à la rencontre d'un berger qui nous accompagne jusqu'à un sentier. Choukrane!! D'après Amel, quand tu perds le sentier, tu te repaires aux cacas de mules... oui, c'est une théorie! On arrive enfin au Tizi n'Igli, avec une vue de malade sur la cuvette d'Igli. En bas, on apperçoit un autre groupe. Ce sont deux jeunes, Géraldine et Pascal, accompagnés de leur guide Hassain et d'un muletier (on a d'ailleurs les coordonées du guide si ça intéresse quelqu'un). On passe une chouette soirée, tous autour du feu de broussaille, à discuter. Finalement, ça aura été la journée de la rencontre. 

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Dernier matin du trek. Et alors qu'on galère à faire chauffer 50cl d'eau avec notre fond de butagaz presque vide et froid, on entend la voix de Géraldine qui nous invite au ptit dej. "Y'a du thé, du café, du pain, de la confiture, venez venez..." On ne se fait pas prier. Petit déj complet avec le soleil qui nous réchauffe, tout en discutant, ça c'est bon ! Igli, c'est vraiment un spot de bivouac majeur: une petite plaine entourée de roches et de falaises colorées.

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Au moment de partir, le guide nous offre du pain pour compléter notre pic-nique. Choukrane... Malgré la beauté du coin,  où on aurait presque envie de s'attarder, on taille la route car le retour de Imi n'Ouarg à Kalaat m'Gouna est complètement incertain. L'avenir nous confirmera qu'on a bien fait... On monte sous la falaise de Tassigdelt, sur un beau sentier qui serpente entre les gros blocs de conglomérat. On double nos copains randonneurs, et après un dernier au-revoir, on termine la montée en imaginant un prochain voyage avec des ânes. Pour Aurel, ça sent le "Ane, Trek et Parapente". 

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Au Tizi n'Tassigdelt (2150m), on fait la rencontre d'un tchèque qui nous montre ses photocopies de cartes russes datant de l'URSS. De là, le parcours pour arriver au Tizi n'Ouarg (2450m) est plus aléatoire (comprenez on est perdus). Après un moment de hors sentier, de sentier puis de nouveau hors sentier, on arrive à ce qui pourrait être le Tizi n'Ouarg. Une petite visée à la boussole, et on attaque une descente en lacets qui, on espère, sera la bonne. La descente est longue et on discute bien avec Aurel. Comme après avoir passé la soirée avec Damien à Tabant, notre rencontre avec Géraldine et Pascal a reboosté tout le monde. Les rencontres, c'est la base !!

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On arrive enfin à Imi n'Ouarg. Ca sent la fin du trek, mais pas de la journée. Car on nous annonce qu'il n'y a pas de transport avant demain. Et il est 15h. Mais on peut nous y conduire moyennant une somme délirante (500 DH). La choukrane (non merci). On se met sur la piste, et on commence le stop sans trop y croire. Rapidement, une première moto passe. Je pousse un peu au cul Aurel pour qu'il monte, et hop le voilà parti pour Tagdilt. Et cinq minutes plus tard, une deuxième. On n'avait pas prévu de se séparer avec Amel, mais là elle pourra certainement rejoindre Aurel. Inch'allah, c'est partiii. 

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Je me retrouve à marcher tout seul pendant 45minutes. Ah y'a enfin une moto dans le bon sens. Elle va pas à Tagdilt mais ça m'avance. La moto, sur piste et sans casque, c'est une sacré expérience quand même !! Après avoir traversée le bled à pied, sur qui je tombe? Amel autour d'un feu avec les femmes du bled!! Et elle est bien contente, car elle n'a pas pu rejoindre Aurel, et elle était dans ce bled au milieu de nulle part: pas de traffic, pas de tente, pas de bouffe... A peine je la retrouve qu'une voiture passe. Si c'est pas beau ça !!

A Tagdlit, le gars nous dit qu'il peut pas nous emmener jusqu'à Boumalne, car y' a deux autres potes (deux profs d'ailleurs) qui doivent monter. On fait du forcing, et voilà comment on se retrouve l'un sur l'autre, à 4 derrière.Sur la route, on double un pick up avec derrière une vache et... Aurel !!

Au top, on va tous se retrouver à Boumalne Dadès. On se prend une soupe en l'attendant, et commence l'interminable attente du bus... qui a 1h30 de retard !! Mais quel plaisir d'arriver à Kelaat et de se mettre au chaud dans notre (toute) petite chambre d'hôtel. Journée émotions et rebondissements, mais c'est ça qu'on aime !!!!

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Avec le tour du Toubkal et le tour du Siroua l'an dernier, et le tour du M'Goun et le tour du Sahro cette année, nous avons bouclé les 4 treks du topo de M.Olizane (merci à lui). Je crois que nous en avons fini d'arpenter les massifs marocains. Une nouvelle page se tourne, et s'ouvrira certainement sur une nouvelle destination... inch'allah.